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Nasty Samy – Explosions Textiles

EXPLOSIONS TEXTILES-couverture

(Cette chronique fait partie du Dossier Trempé sur Nasty Samy)

« On n’est pas là pour jouer au poker sur internet, diantre. »  

Au moment précis où je m’attaque à la dernière grosse étape de ce dossier (les miscellanées finales seront, je l’espère, juste comparable à la paisible arrivée sur les Champs-Elysées), je tombe sur une petite carte de visite (ou un marque-page, au choix) portant fièrement la bannière de Everyday is Like Sunday (voir description du site ci-dessous) avec cette aguichante inscription : « Underground culture & cool stuff since 1997 ». Or, c’est exactement ce que j’ai eu en tête en pensant à l’évocation d’Explosions Textiles que je m’apprêtais à rédiger : « En fait, ce qui ressort avant tout, c’est que ce livre est super COOL ! » La voilà, l’accroche principale qu’on pourrait acco(o)ler au bouquin (sous-titré Mon premier T-shirt de Groupe), le pourquoi du comment, la raison majeure de son énormissime succès mondial (je parle de celui qu’il devrait remporter si nous vivions dans un monde cohérent). L’idée de départ est géniale (convoquer une armée de freaks intimement liés à la musique underground, leur demander d’évoquer les circonstances de l’obtention de leur premier maillot de corps métallisé ainsi que de décrire celui-ci), l’idée sous-jacente l’est tout autant si ce n’est plus (faire remonter à la surface ces magnifiques – même si parfois douloureux ou en tous cas ambigus – souvenirs enfouis dans une case habituellement peu sollicitée du cerveau, faire revivre en détails cette période dorée ou difficile – généralement c’est les deux, en fait –, provoquer des réactions par rapport à ces réminiscences, des réactions épidermiques ou pleines de recul – d’avance pardon, je vais me répéter, mais là aussi chaque narrateur oscille globalement entre les deux).

1-Kreator

Du synopsis du projet en 4ème de couv’ aux titres des récits (« Child of the Korn », « Blindage 100% coton », « First Kiss », « Ici Londres », « Shirt’em all », …) en passant par la couv’ d’inspiration horrifique (mais toujours plus granny friendly que les habituels visuels trônant sur EILS ou sur les t-shirts des projets de Nasty Samy) ou, naturellement, le contenu souvent hilarant et/ou émouvant des 45 compte-rendus, tout, je dis bien TOUT (je m’entraîne à le dire devant mon miroir chaque matin, et puis il faut dire que c’est pas vraiment un mot difficile à prononcer) respire, transpire, dégouline le cool dans ce book, c’est frais, original, authentique, sincère, jubilatoire, pathétique, surprenant, dérisoire, essentiel. Je l’ai lu d’une traite (chose rarissime chez moi, ça devait être la première fois depuis le pamphlet « offert » à tous les profs par Luc Ferry en son temps… Non, je déconne, je l’avais « traité » – dans tous les sens du terme, et de tous les noms – avant de le lire) dans la salle d’attente des urgences, 14h-19h, le diagnostic de douleur intercostale, contractée en jouant à rattraper puis relancer un ballon sauteur, allongé sur le sol, avec un pote et nos enfants respectifs, aurait aussi bien pu être formulé si j’avais lu ces histoires seul dans ma chambre, en me bidonnant, en me tordant en deux en découvrant les récits émus des bourdes, des moments de solitude, des épisodes estampillés « 100% lose », et en m’identifiant à leurs auteurs. De la même façon, l’électrocardiogramme auquel j’ai été soumis « au cas où » aurait largement pu déceler, en lieu et place de rien du tout vu que c’était dû à une saloperie de ballon sauteur et à des gestes inhabituels répétés inlassablement (l’alcool vous aide souvent à réaliser de tels exploits, je m’essaie depuis (peu) à la doctrine alcohol-free de Nasty Samy), l’effervescence qui s’est emparée de moi au fur et à mesure que les pages se tournaient et me permettaient d’entrevoir la façon dont chaque quête se concluait, la liesse qui s’emparait du jeune d’alors quand il matait, enfilait, arborait son butin, durement acquis la plupart du temps, chèrement acquis (une horde de francs, « Tiens ça va Clovis ? »), mais chèrement conservé aussi (quand des skins vous ont pris pour cible, par exemple, qu’ils se sont mis en tête que votre t-shirt leur irait mieux qu’à vous, dussent-ils, malencontreusement, employer l’usage de la force, au détriment de toute notion d’équité comptable – une bande de gros bras VS un jeune padawan squelettique – et que vous ne devez votre salut qu’à la bienveillance de la nana du groupe, et peut-être un peu à votre gueule de petit futé, allez savoir)…

Mais chèrement conservé SURTOUT parce que toute la Terre semble se liguer contre vous pour que votre bout de tissu finisse sa courte carrière à la déchetterie du coin (heureusement, vous ne céderez pas, vous avez l’étoffe des héros, hahaha, pardon). Regards désapprobateurs de Maman, invectives menaçantes de Papa, condamnation sans procès du quidam qui erre oubliant bien vite votre situation de kid amer, ombre d’un noir corbeau qui plane au-dessus de vous quand vous foulez la cour de l’école le matin (à la bourre, quand tous les morveux sont déjà là, postés), rencontrant l’ire plus ou moins contenue de 92% de la population juvénile qui vous accueille…

Oui, cette machine à l’aspect obsolète aurait pu détecter sans mal mon agitation face au rejaillissement d’un temps qui ne l’est pas moins… Quel plaisir de se prendre à sourire tout seul dans cette salle d’attente bondée (by blood), avant de se reprendre un peu quand on croise l’oeil hagard d’un mec qui pourrait figurer sur la pochette du prochain Black Zombie Procession, et qui ne paraît pas se rendre compte (le cuistre !) de l’étendue de la richesse et de la singularité des infos qui me sont transmises via ce pamphlet (terme beaucoup plus indiqué ici que tout à l’heure pour le philosophe des jours fériés) et son monstre turgescent en couverture (peu sociale, pour le coup).

Sur le plan du casting élaboré par le boss, on retrouve pas mal de zikos mal famés, dont ses compères Buanax, Fred Allérat ou Matgaz (également auteur d’un roadbook, T’arrives où tu repars ?, sur ses tournées en Europe avec Reverend James Leg et Epiq et en Amérique du Sud avec Mars Red Sky), ou encore , des gérants de label comme M. Kicking Records (Mr Cu!), des journalistes musicaux (Rurik Sallé, Bertrand Pinsac, ça devrait vous faire tilt) ainsi que Nasty « Kreator » Samy himself, des rédacteurs en chef de magazines (horreur, tattoos, …), des blogueurs, des écrivains (bios de groupes, romans sur fond de zik… Voir le dernier témoignage de Fanny Lalande – seule femme incriminée dans cette association de mâles fêtards, l’autre nana sollicitée n’ayant pas donné signe de vie), des concepteurs de designs de t-shirts, de covers de cds… Le lecteur peut suivre leur évolution en parallèle de leurs aléas à travers les eighties ou les nineties, et parfois assister à la genêse de certaines vocations liées au monde de la musique, regarder le making-of de certaines carrières ou, pour reprendre un terme plus générique et un peu moins pompeux qui correspond peut-être mieux à la mentalité de la joyeuse troupe, de certaines existences, tout simplement, de la construction d’une vie dédiée aux concerts, à la distribution de flyers, la rédaction de fanzines, l’assemblage d’une formation d’acharnés prêts à créer du son bien bruyant et à en découdre sur scène…

Je sens votre perplexité poindre à l’horizon : qu’en est-il des fameux t-shirts dans tout ça ? Et bien, outre le fait qu’ils représentent bien souvent, comme nous l’avons vu tout à l’heure, un objet de discorde familiale (ce avant même, parfois, son acquisition par le jeune effronté), il représente bien souvent, il faut l’avouer, un vêtement un peu moche, objectivement parlant (donc pour le non-initié), un peu de mauvaise qualité (même si une quantité non négligeable des sondés le détiennent encore, parfois en bonne santé, malgré la désuétude dans laquelle il est généralement tombé au fil des années et des déménagements), qui dégage néanmoins une irrésistible aura, magnifiée par le logo, le dessin ou la photo dont il impose la vue à toute la terre (et croyez-moi, le fringant fringué va se charger de faire savoir au monde qu’il est passé se changer dans la cabine téléphonique en bas de chez lui et que désormais il ne faut plus le faire chier… Tu me cherches des noises, je t’envoie du noise !) Il faut dire que les péripéties des groupes dont le néo punk, hardos, thrasheur, métalleux, rockeur, coreux (…) porte les couleurs ne peuvent que l’influencer de manière subliminale, entre les frasques des Guns ou de Motley Crüe, les tronches d’arrachés du bulbe d’Alice Cooper, Ozzy ou Kiss, l’esprit revendicatif d’Exploited, des Clash ou de NOFX, la force de frappe de Suicidal Tendencies, Metallica, Slayer ou Kreator, le charisme d’Iron Maiden ou de Motörhead, ou la coolitude des Stray Cats ou Chokebore (Tiens, parlons-en, de la bande à Troy Von Balthazar, vous me direz des nouvelles du t-shirt évoqué dans les pages d’ET – « ET » ?? Un signe, forcément, avec un tel rassemblement d’ovnis). Bref, l’ado a bouffé de la potion magique avariée et il va te le faire payer. Il ne peut plus être atteint, tes remarques seront, à partir de maintenant et par la présente, balayées d’un coup de médiator ou de baguette (magique, forcément) et invitées à aller directement s’écraser lamentablement sur le mur, qui n’en demandait pas tant.

Je vous propose un petit extrait pour achever de vous convaincre, dans lequel vous découvrirerez les teigneux anathèmes assénés par Fred « The Kill » (ou « The Meurtre » si vous préférez, c’est son actualité) Allérat à l’égard de ses odieux congénères scolaires (le contexte ? Le jeune Fred a déniché un tee Metallica « taille 8 ans » dans l’échope d’une « vieille mémé et son fiston cheulou », « ancêtre de la VPC » à l’ambiance « mi-diseuse de bonne aventure, mi-boutique chinoise qui vend des Gremlins ») :

Quand je passe au tableau, j’entends quelques ricanements dans mon dos. Je veux bien que le contraste petit-enfant-nain-blond-angelot/visuel morbide fasse effet mais putain, je déteste tous ces nase-brocks de 6ème 5 encore tout baveux et habillés par leurs parents. Ils sentent le goûter au chocolat, le jus d’orange en brique et le fruit dégueulasse à manger tout cru. Bref, ils sentent le caca et l’enfance innocente. Moi je veux sentir la clope, la bière, le shit et le Rock. Ok, je sais que ces années de collège vont être longues et difficiles.

N’en jetons plus, vous aurez compris qu’Explosions Textiles constitue un livre incontournable pour qui s’est procuré un jour un t-shirt (Pardon ? Un t-shirt de groupe ? Oui, ho, j’essayais d’avancer un argument de vente un tant soit peu implacable, désolé…).

Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, veuillez accueillir dans la béatitude la plus absolue le scoop suivant : contrairement au forcément culte Continental Divide, dont l’apologie vous est présentée juste avant cette chtite review, Explosions Textiles n’est PAS épuisé !
Mais il commence sérieusement à rétrécir au lavage.

Plus d’infos dans le fief de Nasty Samy !

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