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Abraham – Coilguns (Split 2014)

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Hummus Records/2014

C’est avec une joie et une excitation non feintes que nous retrouvons non pas un, mais deux protégés de Hummus Records, dont Coilguns, le projet du boss himself, Jona Nido, entouré de ses deux compères habituels Luc Hess et Louis Jucker, ainsi que de trois autres musiciens, parmi lesquels le guitariste des inénarrables Baroness, Pete Adams (enfin, l’un des deux guitaristes, bien sûr, nous n’aurions pas l’outrecuidance d’oublier le légendaire John Baizley, également brillant vocaliste de son état). Les trois titres de Coilguns sont ici précédés d’une seule et unique piste des mighty Abraham (16 minutes quand même, la bestiasse), responsables d’un album de haute volée fin 2012 (The Serpent, the Prophet and the Whore). « Chasing Dragons, Chasing Lights », puisque c’est de ce morceau qu’il s’agit, introduit ce split de la meilleure des façons, en proposant un bel échantillon de ce en quoi Abraham excelle, à savoir la mise en place d’une bande-son apocalyptique,  alternant les humeurs destructrices et les ambiances apaisées en apparence (on évitera néanmoins les termes « oniriques » ou « éthérées » qui relèveraient indubitablement du contresens, tant ces moments d’accalmie ne servent que de prétextes évidents à l’arrivée en grandes pompes de nouveaux déferlements de violence). Le chant écorché, la batterie dévastatrice, les riffs malsains, la basse surpuissante, tous possédés, s’unissent pour former une chape de plomb qui, une fois de plus, scotchera l’auditeur masochiste ne pouvant s’empêcher d’en vouloir encore et toujours, et de réclamer la réalisation d’un album complet aussi vite que possible. Le pauvre hère, en attendant, ira noyer sa peine devant un assaut du groupe quelque part près de chez lui, pour une séance de lacération aussi jouissive que douloureuse…
« Drainers », la première salve des Coilguns, démarre au quart de tour, sans prévenir, et on se dit machinalement que les deux formations vont peut-être proposer deux atmosphères très différentes au final, tant Abraham s’appuyait sur de longues plages lentes et dépouillées, à l’opposé des premiers plans que nous découvrons maintenant, tout en fureur et en guitares explosives. Cependant, malgré l’âge avancé de votre serviteur qui pourrait le faire souffrir d’amnésie ponctuelle, celui-ci se rappelle rapidement que l’une des caractéristiques marquantes de Coilguns étant sa grande schizophrénie, il est inutile qu’il s’attende à passer ces trois titres en leur compagnie pied au plancher… Surtout que son œil avisé a repéré un petit « 12’53 » à côté du titre de leur 2ème chansonnette ! De toute manière, le temps que nous nous posions ces questions pendant « Drainers », sa folie inaugurale a déjà laissé la place à une complainte moins effrénée (mais pas plus docile, loin s’en faut, avec son cortège de hurlements et vociférations, agrémentés de petits sons zarbis). Et comme, bien souvent, ce qui doit arriver arrive, nous ne sommes que peu surpris d’assister auditivement à l’ouverture intimiste de « The Archivist », a.k.a. la track 2 de Coilguns. Il sera aisément permis de pardonner au quidam moyen qui se méprendrait et ne reconnaîtrait pas les responsables de ces premières secondes. Et si la suite aidera cette innocente victime (génération Club Dorothée, je vous avais dit que j’étais vieux… No Mercy for the Croissants !!!) à y voir plus clair, ce n’est pas faute de l’avoir emmené dans des confins aussi extrêmes que complémentaires, aussi beaux (si si) qu’assassins. En effet, après quelques minutes pachydermiques genre fin du monde entrecoupées de chant plaintif et guitares noisy, c’est un magnifique break rock qui déboule pour nous enchanter les oreilles, suivi d’un solo du meilleur effet distillé par Mr Nido et d’un final majestueux bouclant la boucle avec brio. Mine de rien, « The Archivist » vient de nous donner la leçon avec pas loin d’un quart d’heure au compteur, dont la moitié parcourue par le solo de Jona « Don’t call me ‘Le Mou’ even though my music is more aggressive than a beastie New Zealand rugbyman » Nido !
On rassemble nos forces pour affronter l’ultime piste et on se lance tête baissée dans cette entreprise périlleuse… Qui sait ce qui nous attend encore au tournant…
Riff dantesque d’entrée de jeu, batterie prête à en découdre, feeling hardcore déstructuré… Bon bah le repos et les petits oiseaux ce n’est pas pour tout de suite à première vue ! Et ça dure, et ça dure… Et ça dure toujours plus longtemps (référence Duracello-HotShotsienne, décidément c’est la chronique des hommages), on se dit avec un sourire béat que l’usine à baffes va forcément s’arrêter pour un autre tour de passe-passe de nos chers helvètes… Manque de bol, le tour de passe-passe, ici, c’est justement qu’il n’y en a pas ! Les sacripants ! Imaginez, vous partez courir un 5 bornes tranquille avec celui que vous pensiez être votre ami, vous êtes limite fanfaron à vous demander si vous n’allez pas y aller en charentaises, et au bout de 4km500, alors que vous commencez à rougir comme ce jour au collège où la beauté du bahut vous a regardé dans les yeux pour la première (et dernière) fois, il vous apprend, rouge lui aussi mais hilare, qu’en fait il vous a inscrit au 15 kilomètres. Moralité de ce conte pour enfants (à paraître prochainement chez No Fashion Records) :
1. Bonne nouvelle, Coilguns vient d’inventer la machine à lancer des parpaings, baptisée « Leveling »
2. Mauvaise nouvelle, c’est sur vous qu’ils vont la tester (on comprend mieux le nom maintenant, le but étant d’aplatir votre gueule).
Toutefois, dans leur infinie magnanimité, ils se rappelleront que vous êtes un infâme geek autiste qui connaît d’avance la durée de chaque piste, et viendront vous délivrer une minute avant la fin officielle de votre calvaire, en rangeant les instruments et en laissant juste un petit vicieux vous torturer encore un peu en égrainant quelques notes sur sa diabolique six-cordes. Rassurez-vous, ils ne s’attendent pas non plus à ce que vous les remerciez.
Quand même, quel pavé ce « Leveling » ! Coilguns a cette faculté de tout détruire en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire comme il possède aussi celle de vous éblouir sur de longues plages (oubliez le sable fin, par contre) regorgeant de surprises et de moments forts. 
Il est de coutume de ponctuer un spectacle par « Clap clap clap !!! », pour nous ici ce sera plutôt « Claque claque claque !!! », car c’est bien ce que l’on a pris avec cette nouvelle association de malfaiteurs estampillée Hummus. A l’heure où certains groupes choisissent d’attendre des millénaires avant de se remettre à composer et de proposer du nouveau matériel à leurs fans au bord de l’apoplexie, d’autres musiciens enchaînent les compos et les sorties à un rythme propr… salement hallucinant ; et ce qui est encore plus hallucinant, c’est la qualité de ces sorties et de l’inspiration qui en est à l’origine. Aucun doute, à l’unanimité on vote pour la Swiss Democracy ! Ce soir, assurément, il n’y aura pas de roses sur la table, on ne mangera pas chinois, et si un intrus fait irruption dans la baraque, on ne se trompera pas de gun pour l’éconduire…
A croire qu’ils ont ça dans le sang, faire jaillir celui des autres…

Syl Alba (publié à l’époque sur Yargla Webzine sous le nom de Sacha Disto)

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