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Coilguns – Commuters (2013)

 

coilguns commuters

2013/Pelagic Records

Bon. Aux grands maux, les grands remèdes. Nos DIYers de Coilguns nous gratifient avec Commuters de leur premier album, mais celui-ci a déjà été précédé d’un E.P. et de deux splits, dont le dernier en date remonte à … (attention, pas besoin de prendre la DeLorean!) … Septembre dernier! Une telle activité nous laisse donc présager que nous serons sur le pont d’ici peu pour une nouvelle galette donc il a fallu prendre une décision drastique pour pouvoir tenir ce rythme infernal: cette chronique se fera en une prise, et ça tombe bien, puisque l’enregistrement de ce full length inaugural s’est effectué en une écoute. Pardon, c’est l’inverse, vous aurez rectifié de vous-même (les métalleux et autres marginaux musicaux ont beau faire des choses bizarres, ils n’en restent pas moins très intelligents la plupart du temps; bon, ok, une grande partie de cette intelligence est dédiée à oeuvrer au nom du Malin ou à imaginer des méthodes révolutionnaires pour ouvrir les kros plus vite, mais quand même). Une seule écoute donc, comme pour mieux nous imprégner du côté spontané, immédiat, que dis-je, urgent des compos et de leur interprétation. Une mise en abyme, quoi. Ou en abîmes, quand on connaît les sacripants et leurs atmosphères étouffantes… C’est parti… PLAY…

« Commuters Part 1 » nous ramène instantanément en terrain connu (et conquis), intro pied au plancher au niveau de la batterie, quelques secondes d’échauffement guitaristique, comme pour mieux prendre son élan (pas évident de jouer de la gratte quand on est juché sur un tel animal, mais chacun fait comme il l’entend) et tout le monde est à fond de cale en moins de temps qu’il ne faut pour les maudire. L’auditeur bénéficie toujours de petites accalmies (merci pour lui) mais c’est pour mieux te bouffer tout cru ensuite, mon enfant. Heureusement, la seconde partie du titre éponyme (« Commuters Part 2″) nous offre une plage plus calme, lancinante mais noisy, qui n’a que très peu en commun avec l’ouverture de l’album. Ce n’est qu’au bout de 6’30 » (!) (pour info, « Commuters Part 1″ ne dépassait pas les trois minutes) que des power chords pointent le bout de leurs crocs et qu’au bout de huit minutes (mais combien de temps dure ce morceau bordel ??) que le loup-garou au micro entame sa mutation. La joyeuse troupe (trois, on rappelle, même si cinq guitaristes au total ont oeuvré à la réalisation de Commuters, ou plus précisément de trois de ses morceaux) s’énerve une bonne fois pour toutes sur la fin pour amener un peu de chaos mais déjà (euh, plus de 11’30 » quand même) le morceau s’achève. On ne doute pas un instant qu’après cette longue interlude privilégiant les ambiances, ça va être reparti pour une dose de furie bien méritée. Pari aussi risqué que de clamer que leur compatriote Roger Federer battrait le président adjoint des Grasshoppers de Zurich en trois sets secs. Non seulement cette prémonition a tapé dans le mille, mais le temps d’étaler ma connaissance encyclopédique du sport helvétique, le délicieux brûlot du nom d' »Hypnogram » a déjà filé dans un fracas sonore et riffesque proprement renversant, pour laisser la place à un non moins renversant « Machines of Sleep », qui arpente (encore!) d’autres directions, plus méga-plombé qu’apocalyptique, pour se conclure par un chant à la… Chino Moreno!! Le jour n’est pas arrivé où Coilguns cessera de nous surprendre. Concevant que l’auditeur moyennement chevronné puisse perdre pied au sein d’une telle arborescence d’effluves de décibels, « Plug-in Citizens » le rassure gentiment en se contentant de le pilonner dans les règles de l’art tout le long de ses 90 secondes bien tassées. Un peu d’humanité, enfin. Amabilité que son successeur « Submarine Warfare Anthem » lui épargnera quant à lui, puisqu’au milieu du déluge de notes réglementaire il incorpore ces plans hardcore-punk qu’affectionne Jona (dont la palette s’avère décidément ahurissante), parties qui, mine de rien, confèrent un côté pêchu, entraînant et également accessible pour qui aime sa violence avec un peu de chantilly. L’éternelle discussion entre les amateurs de whisky on the rocks et ceux qui ne jurent que par le whisky-coca.

L’impérieuse entrée en matière de « Minkowski Manhattan Distance », brute et thrashy à souhait, continue de nous faire voyager aux confins des styles, des genres, des chapelles, et c’est bien la première fois qu’on semble se diriger vers un pavé exclusivement tourné vers le métal extrême (thrash, death, black, tout est ici passé en revue). L’honnêteté nous pousse à le dire: du chant complètement possédé et surpuissant du guest Keijo Niinima à la batterie présente sur tous les fronts, en passant par l’arsenal de salves aussi variées que tranchantes du sieur Nido, ce morceau est une véritable claque. Bien sûr, ils ont profité que je détourne le regard quelques instants en vue d’écrire ces quelques mots pour incorporer des lignes grande vitesse dillingeriennes ci et là, mais qui les blâmerait ? Abondance de biens ne nuit pas, comme disait Confucius (ou Jean-Claude Vandamme, je sais plus).

Comme on sait recevoir chez cet « affreux vice trio », « Blunderbuss Committee » nous permet de nous remettre de fort jolie manière, comme l’avait fait la première partie de « Commuters Part 2 » (vous suivez toujours ?), après que l’on avait pris … Une (!) piste dans les niflettes (oui, c’était une pause qui pouvait paraître prématurée, mais quand l’effort est intense…) L’expérience nous suggère de bien en profiter, et on a bien fait de l’écouter, car « 21 Almonds a Day » n’est pas forcément jouasse. Il nous montre cependant que l’on peut être en colère et le montrer sans courir dans tous les sens, en instaurant juste un climat pesant, froid et clinique, à coups de riffs répétés sur un tempo moyen. En fait, quand on découvre « Flippists / Privateers », on se dit que « 21… » représente la suite de la transition entamée avec « Blunderbuss… ». Non pas que le rythme soit effréné, mais il est clairement monté d’un ton. Alors, évidemment, c’est pour mieux nous écraser et nous piétiner de façon pachydermique au bout de deux minutes… On a beau être habitué, on n’en a pas moins mal. Par chance, la sortie semble proche. « Earthians » nous ouvre d’ailleurs les bras presque innocemment, les premiers instants ne semblant pas inquiétants outre mesure, à partir du moment où sombrer tranquillement dans le vide ne vous empêche pas de dormir… Car c’est bien de cela qu’il s’agit. De toute façon, ces premières minutes paraissent annoncer une évolution plus corsée, impression qui se confirme après 3’30 » quand les hurlements surgissent. Du Neurosis dans le texte. Que du lourd, du sulfureux, de l’oppressant, du malsain. Le malchanceux passant qui s’est hasardé un peu trop près de cette toile d’araignée styxienne est finalement laissé pour mort sur fond de larsens pendant plus de deux minutes.

Commuters est la 4e livraison de Coilguns que nous chroniquons et pour les trois dont je me suis chargé (Hugh « ch’Binôme » Grunt ayant « reviewé » Stadia Rods, l’EP), il me semble que je ne me sois que peu appesanti sur la description de la musique en termes de styles, de références, de considérations techniques (si tant est que j’ai beaucoup à dire sur le sujet), au profit du ressenti en termes d’émotion, d’ambiance ou d’atmosphère. Je suis conscient du fait que ça n’éclaire pas beaucoup le lecteur profane, et peut-être pas assez le lecteur averti, ayant déjà une idée de ce que Coilguns est et propose; d’un autre côté, tout ce que l’on entend interpelle tellement par son aspect explosif et unique qu’il est difficile d’en retracer systématiquement la genèse et qu’on préfère employer un langage imagé, même s’il est nécessaire de rappeler que nos trois Suisses pratiquent (en dehors de la confection de petits lapins en pâte à sel à leurs heures perdues) une musique métallique à forte consonance hardcore, ouverte à toutes sortes d’expérimentation, violente voire très violente, empruntant au post-hardcore, au mathcore, au death, au post-rock, au punk, à la Banque Populaire à un taux exceptionnel de 3% et à bien d’autres (la liste évolue de toute façon à chacune de leur sortie), qui se nourrit de cette multitude d’influences et de la folie de ses géniteurs pour devenir un monstre hybride terrifiant, au visage différent à chaque fois qu’il sort de sa tanière. Le mot « évolution » avait été popularisé par les Pokémon, Coilguns se l’est réapproprié pour lui redonner ses lettres de noblesse.

Maintenant que les choses sont plus claires (pas vraiment un qualificatif qui convient à Coilguns pourtant, tant ce groupe sent le soufre puisé aux tréfonds des ténèbres!), nous allons pouvoir nous quitter bons amis. Ce fut très appréciable de se transformer un temps en Thierry Roland destroy pour vous commenter en temps réel ces joutes électriques.

Pour résumer une dernière fois en reprenant un terme utilisé précédemment, tout est -urgent- chez Coilguns, les sorties, les idées, la musique…  Pour ça, vous pouvez leur faire confiance (ça aurait été pour garder votre gosse de deux ans, je dis pas), ça et une 2e chose: la grande qualité du produit fini, LP ou CD. Des esthètes au service d’une musique sale et noire… Oui, ça se tient, après tout, l’un n’empêche pas l’autre. Alors foncez, vous en aurez pour votre urgent! Pardon, votre argent! Et s’il vous en reste un peu, complétez l’achat avec un petit concert, ils sont en tournée deux semaines en février (France, Pays-Bas, Allemagne, Suisse) et une autre fin mars (Royaume-Uni).

Voilà, emballé c’est torché… SUIVANT!
(Hééé, dans la queue, là, on ne pousse pas les p’tits splits, messieurs les EPs, sinon j’appelle le 2e album pour qu’il vienne régler tout ça!)

Syl Alba

Pelagic Records c’est ici, Hummus Records (le quartier général de Coilguns) c’est , et l’album est en écoute à cet endroit

(Review postée en 2013 sur Yargla Webzine, sous le nom de Sacha Disto)

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