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Coilguns – Millennials (2018)

2018/Hummus Records

Choisis ton camp, camarade. Certains d’entre nous se sentent plus à l’aise dans leur zone de confort et n’aiment pas en être délogés, être chahutés par des expériences mystérieuses voire effrayantes et devoir s’y confronter. Par exemple, quand tu es à la mer (ou au bord de l’océan, la référence a plus de sens ici), la plupart des gens n’aiment pas vraiment avancer sans savoir ce qui les attend en dessous. Personnellement, je suis terrifié par ce qui peut se cacher sous l’eau, et qui n’attend qu’une chose, me choper/piquer/bouffer/tuer (et ce malgré le fait que j’adore les t-shirts de The Ocean*). Pour ce qui est de la musique, c’est tout le contraire : je ne suis jamais aussi heureux que lorsqu’un groupe me surprend, me désoriente, ne correspond pas à mes attentes (parfois je n’en ai pas, ce qui rend les choses plus faciles).

Cependant, ici la situation est un peu plus complexe. Alors que de nombreuses formations proposent une musique très éclectique, des structures extrêmement variées et des atmosphères qui frôlent voire dépassent les limites de la schizophrénie, ce n’est généralement pas un problème de les chroniquer puisque l’on voit malgré tout où ils veulent nous emmener. Le souci, c’est que le but des p’tits gars de Coilguns n’est pas forcément de vous faciliter la vie, et ils ont bien raison. Après pas mal d’écoutes Millennials continue à me faire réfléchir encore et encore, et je ne suis pas arrivé au bout de mes peines. Merde, après tout, combien de groupes parviennent à aboutir à ça ? Il peut arriver qu’on ne voie pas l’intérêt d’un album et qu’on le laisse tout simplement tomber une fois pour toutes, mais pour celui-ci on veut absolument persévérer et poursuivre sa réflexion puisque, très simplement, on est conscient qu’on l’adore, même si on n’est pas capable de mettre un nom sur tout ce que l’on entend.

Heureusement, il arrive un moment où on sort du vilain carcan de commentateur, où on remise le bleu de chauffe au placard et où on reclaque le short et les tongs (oups, ça se voit que j’écris ça au soleil, loin de tous mes collègues pingouins pour qui ce mois de février ressemble à un glissant chemin de croix ?) pour uniquement se contenter d’apprécier la musique sans chercher à la disséquer et l’analyser inlassablement. Et là miracle. Terminé les maux de tête, du moins ceux causés par cette futile quête. Seules persistent les céphalées dues aux assauts écrasants du trio, pardon, du quatuor (bienvenue à Donatien Thiévent aux synthé et backing vocals !), aux accalmies qui ne trompent personne et aux passages hypnotiques qui nous emmènent joyeusement nous fracasser sur les rochers, après être bien rentrés dans notre cerveau et avoir pris possession de notre pensée. Mais ça, paradoxalement, on s’en fout. Pire, on aime ça. Loin de toutes les pérégrinations douteuses consistant à vouloir identifier la multitude de sources, le sens de tel ou tel riff, la place d’un morceau par rapport à un autre, le sacro-saint nom qu’on pourrait bien donner à l’ensemble, bref, à chercher le pourquoi du comment, on est juste là, bien harnaché dans son transat (re-oups), en train d’apprécier le traitement de faveur sonique auquel sont soumis nos tympans et nos neurones. Ah, c’est sûr, même au soleil (surtout au soleil), ça fera pas rêver tout le monde. Etre aussi malmené, torturé, déchiré, et en redemander, ce n’est pas à la portée du premier fan de Voulzy (je vais rajouter « Sun » dans les tags de cette chronique). Seulement, nous (qui, j’en sais rien, mais certainement toi déjà, si tu es parvenu à ce niveau de la review), on est un peu fêlés, on n’est pas trop conformistes, et surtout, on a l’habitude.

Ce que Coilguns réussit brillamment avec Millenials, c’est la gageure de tisser une toile inquiétante et aux apparences opaques et de faire en sorte qu’on adhère totalement au projet. Nos Helvètes sont coutumiers du fait, mais à chaque fois ça ne loupe pas, on se laisse prendre au « jeu », avec plaisir. Leur grande force est de mettre leurs compétences (considérables) au service de compositions toujours novatrices, puissantes, ébouriffantes (pour ceux qui me connaissent, défense de rire).

Au milieu d’un amalgame de plans hardcore, noise, sludge, black, post metal, mathcore, j’en passe et des plus tordus, qui forme un véritable édifice composé de morceaux consciencieusement assemblés et savamment élaborés, l’auditeur erre dans les limbes d’une fusion cataclysmique qui le secoue dans tous les sens afin de finalement lui faire entrevoir la lumière, s’il regarde et surtout écoute au bon endroit. Ses sherpas, un riffeur compulsif adepte de structures suffocantes, un marteleur de fûts qu’il vaut mieux éviter de réveiller avant l’heure et un derviche tourneur vocal complètement allumé, accompagnés de leur nouvelle recrue, fournisseur patenté de sons malsains, sont certes peu engageants au premier abord mais ils sont bien intentionnés et connaissent leur sujet. Leur but, c’est de vous faire découvrir, défricher des steppes jusque-là inexplorées (certainement encore par eux-mêmes il y a peu, avant qu’ils ne se replongent dans le nouveau processus créatif qui accouchera de Millennials), alors malgré vos réticences vous pouvez sans hésiter franchir le pas et leur confier vos vies, dont ils feront, à coup sûr, bon usage. Enfin, ça, c’est seulement si vous choisissez de consentir à avancer, pendant un moment, dans une certaine forme d’inconnu.

Syl Alba

« Souffrance et Extase », ce n’est pas le nom d’un sex-shop, c’est celui que vous pourrez donner au Bandcamp de Coilguns…

*référence textilistique déjà utilisée dans une chronique d’un des splits ou de Commuters, Millennials m’a bouffé une partie de mon cerveau, vous m’excuserez…

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