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Coilguns – Never Void (Split 2012)

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2012/Dead Dead Dead Music, Hummus Records,
Savour Your Scene Records, Invektiv Records

 22, rev’là les Coilguns, planquez les gosses, mettez les casques, brûlez un cierge, et serrez les dents en espérant que ça passe vite. Aïe… Ca risque d’être dur, d’autant que nos envahisseurs helvètes ne débarquent pas seuls (une fois n’est pas coutume!): après les vicieux bruitistes de Kunz (rien à voir avec Francis), ce sont cette fois les sanguinaires allemands de Never Void (a.k.a. NVRVD) qui servent de sparring partners maousse costauds au sein de cette mystérieuse pochette surprise nommée « split ». Au risque d’être redondant, l’objet est encore et toujours magnifique, digipack A5 fait main (je n’ose imaginer le vinyl!) Sur le plan musical, la seule bonne nouvelle dans cette boucherie annoncée est qu’effectivement, ça passe plutôt vite. Mais les 8 titres de cette collaboration (2 inédits et 2 lives chacun) vous auront de toute façon tellement compressé les neurones et fait vriller les tympans que vous aurez probablement rendu l’âme avant la fin de cette infernale demi-heure.
A tout seigneur, tout honneur, commençons par le sieur Nido et ses sbires (qui ne sont que deux en fait, là où on a l’impression d’entendre une escouade de hardos déchaînés). Deux titres flambant neufs nous sont proposés, plutôt antithétiques a priori sur la forme puisque le premier, « Mandarin Hornet », annonce sept minutes à la pesée, tandis que « Dewar Flasks », faisant réellement figure de petit frère, envoie balancer la purée à la tronche des invités en cent-vingt secondes top chrono. Néanmoins, de la même manière que des parents voient en chacun de leurs enfants des caractéristiques très distinctes sans se soucier de savoir si l’un a vingt ans et l’autre dix-huit mois (euuh, deuxième fois que j’utilise cette allusion dans une chronique en un très court laps de temps, je devrais peut-être songer à consulter un psy, pourtant à première vue je m’en tape, étant fils unique… A moins qu’étant légèrement schizo sur les bords j’ai peut-être souffert du fait que mes parents ont privilégié une de mes personnalités plutôt qu’une autre, allez savoir…), les deux pistes apportent leur pierre à l’édifice chacune à leur façon, et de belle manière. Alors évidemment, on sera tenté d’ériger le morceau inaugural en pierre angulaire, de trouver même qu’il marque cette sortie d’une pierre blanche, tant il est monumental et fait appel à différentes sensibilités et éveille différentes humeurs chez l’amateur d’émotions (fortes mais pas seulement). L’intro est un modèle du genre (« quel genre ? », bonne question!), noisy mais lancinante, calmement entêtante mais annonciatrice des pires déchaînements ; cette entrée hypnotique nous permet d’avancer à pas feutrés dans ce split mais sans que nous ne soyions dupes pour autant : la tension est palpable, de même que l’envie d’en découdre, d’ailleurs l’arrivée de la batterie ne saurait dire autre chose. Grand bien nous a pris d’être sur nos gardes car après ces deux minutes de mise en bouche (soit autant que le 2e morceau dans son intégralité), c’est complètement acculés que nous subissons les salves qui lui succèdent, qu’on qualifiera de harcore-punkoïdes avec les petites touches de dissonance de rigueur. Nous aurions tort de penser que le pire est derrière nous après ces deux nouvelles minutes, la structure que nous venons de décrire étant ensuite prolongée mais entrecoupée de plans démoniaques, véritables condensés de violence partant dans tous les sens. Douloureux mais jouissif. Chouette, les parties chères à TDEP ou Converge sont toujours de la partie, mais pour les moins jusqu’au-boutistes elles ont l’avantage d’être intégrées dans un mélange de genres aérant ces sept minutes et leur permettant d’être (un peu plus) supportables, moins éreintantes pour qui ne passent pas ses journées à se pilonner au math-core ou au métal hardcore ultra-intense. La fin (baptisée « issue de secours » par les non-initiés) nous permet de confirmer ce jugement car, bien que Coilguns nous  piétine par quelques derniers riffs bien sentis et pour le moins écrasants, les nuances apportées dans les styles choisis ainsi que dans le rythme, sans oublier les sons d’ « outer space » que Jona extirpe de sa guitare, apportent ce souffle frais (si si) et cette  douce (?) brise de renouveau qui nous donne la force de garder la tête hors de l’eau. Superbe et novateur. Tandis que « Mandarin Hornet » donne un aperçu très consistant (à défaut de complétement exhaustif, bien sûr, tant le potentiel créatif -et technique!- du groupe semble important) de ce que peut et veut offrir Coilguns aux métalleux en cette fin d’année 2012, « Dewar Flasks », lui, semble être né pour enfoncer le clou et tout ravager de manière plus directe et explicite que son glorieux aîné. Riffs destructeurs, dissonances, accélérations, hurlements, la panoplie est toujours de mise, mais en version « edit », presque mini, et les (grosses) variations d’atmosphère en moins. Toujours est-il que ce morceau, si short soit-il, peut être écouté inlassablement des dizaines de fois tant il reste riche (mention spéciale aux toutes dernières secondes « lâchées » par Coilguns sur ce split, qui tout simplement achèvent de démonter le pauvre hère ayant naïvement accepté de prêter l’oreille -il peut toujours courir pour espérer la récupérer un jour, en bon état en tous cas- ni vu ni connu, un power chord habité par le Malin soutenu par un martèleur fûts-nambule). En ce sens, ce deuxième titre expéditif de nos cousins suisses opère une transition parfaite pour le métal hardcore ultra-urgent des Allemands de Never Void, qui vont se charger de rectifier sans anesthésie ce qu’il reste de notre cerveau avec « Hungry for Needs » et « Direktor » qui se partagent sans ménagement cinq petites minutes comme deux  hyènes affamées s’arracheraient les restes d’une carcasse encore fumante. Là encore, intensité et efficacité sont présentes à tous les étages, NVRVD nous faisant suffoquer à l’aide d’une vieille recette de grand-mère absolument infaillible, esprit punk, force de frappe hardcore, rythmiques métal implacables, sonorités décalées surprenantes se taillant la part du lion, gueulantes surpuissantes mais variées, et même, MEME, des ralentissements au milieu de ce vacarme millimétré, de ce chaos parfaitement orchestré, de cette véritable expédition punitive. Là encore, une telle maîtrise force le respect, impressionne, appelle toujours plus d’écoutes, qui sauront rendre hommage à l’extraordinaire subtilité qui se cache derrière cet apparent bordel. Là encore, on applaudit et on reste sans voix en décelant tous les styles abordés et les ambiances « délicatement » parfumées ci et là. Cette urgence rappelle les loubards de Totalt Jävla Mörker, évoqués pour la récente chronique du dernier Khoma, mais Never Void apparaît comme plus alambiqué et plus… Dérangé !
Bon, bah, tous ces gens sont fous, il va falloir en prendre notre parti. Si on accepte ce postulat de départ, alors on peut éventuellement espérer survivre dans leur univers musical et entrevoir l’espoir de les suivre pour leurs prochaines sorties, ou se hasarder sur leurs précédents travaux. Cette dernière tâche sera d’ailleurs facilitée puisque chaque groupe offre gracieusement (« Vous êtes sûrs ? On voudrait pas abuser, vous savez ! » « Si si, on se permet d’insister ! ») deux lives pour compléter ce split. Honnêtement, il ne reste que peu de force à votre serviteur (qui a dit « votre esclave ? ») pour réussir à décrire toute la débauche supplémentaire de décibels esgourdie, entre la furia « mathcore-mais-pas-seulement-sinon-ce-serait-trop-simple » de Coilguns sur « Parkensine » et « Mastoid », et le cyber-métal-punk ambiance « fin du monde » de Never Void, au sein desquels nos sympathiques (mais inquiétants quand même) germaniques réussissent l’exploit d’égaler, quand ils s’en sentent l’envie, le nombre de notes à la seconde de certains plans supersoniques de Coilguns, de même qu’ils réussissent à enchaîner par des petites plages jazzy (!) ravissant apparemment le public… Et on comprend ce dernier !
Non, vraiment, on va s’en tenir là, ça en devient écoeurant, et surtout, surtout, effrayant pour l’avenir. L’heure est grave, ma ptite dame. Que va-t-on bien pouvoir devenir ?
C’est à se demander si on ne préfèrerait pas que Maya l’abeille ne se soit pas plantée dans ses re-calculs et qu’on clamse effectivement tous le 22 décembre prochain, parce qu’au train où ça va, ils sont capables de nous pondre une nouvelle sortie pour Noël. Et ça, je ne saurai le supporter.

Syl Alba (review postée sur Yargla Webzine à l’époque, sous le nom de Sacha Disto)

Le Bandcamp de Coilguns et le site de Never Void

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