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Dossier Trempé Elvin Road

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Nous allons vous présenter dans ces quelques lignes un « objet » intermédiaire concernant l’univers d’Elvin Road, groupe électro/rock parisien immergé dans la culture cinématographique, à savoir un sampler composé de sept morceaux, certains tirés des deux premiers albums (Intersections et Monsters) et remasterisés, d’autres flambant neufs et amenés à figurer sur le 3ème volet qui verra le jour dans quelques mois voire quelques semaines, dont le titre de travail est Catch the Dark. Vu le format particulier de ce cd, il sera passé en revue de façon linéaire, piste après piste.
Cette chronique fait partie d’un Dossier Trempé Elvin Road, la seconde grosse pièce réalisée sur Albacore après celle touchant à l’univers de Nasty Samy. Pour le projet initié par Antoine Saison le travail aura été quelque peu simplifié puisque quatre parties du dossier (les reviews des deux premiers albums et les interviews d’Antoine après leurs sorties respectives) sont directement tirées des articles qui étaient parus à l’époque sur Yargla Webzine, que j’avais signés de mon pseudo d’alors, Sacha Disto. Les autres éléments du dossier seront donc constitués du passage en revue ci-dessous, de l’interview d’Antoine complétée par ces soins début novembre 2016 et de deux Tops Teignes spécial B.O. qu’il nous a gentiment concoctés. Les éventuels articles successifs à la sortie du 3ème album feront office d’additifs au dossier E.R.
Bonne lecture et bon voyage dans l’univers de ce groupe si singulier et envoûtant !

Et c’est parti avec la review du sampler 2016 d’Elvin Road !

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D’emblée, précisons que la production de l’ensemble, le son, la puissance, la cohésion et, logiquement, l’effet sur l’auditeur sont tout bonnement impressionnants. Le côté professionnel d’Elvin Road (rien de nouveau là-dedans) est indéniable et on se demande quand (ou, malheureusement, si) les Français prendront le train en marche pour suivre les aventures de leurs compatriotes qui n’ont absolument rien à envier aux armadas et aux pontes anglo-saxons. Ce point de détail étant établi, nous pouvons rentrer dans le vif du sujet…

« For John » : On retrouve avec plaisir l’ambiance qui nous avait accrochés sur Intersections (même si d’entrée il faut rappeler que les productions d’Elvin Road sont très variées dans le domaine, jouant sur les atmosphères et les humeurs d’une piste à l’autre voire au sein d’un même morceau…) Ici c’est une pièce qu’on pourrait qualifier de progressive et d' »annonciatrice », comprenez qui pourrait aisément faire office de générique, d’une série par exemple, à la Stranger Things pour reprendre une référence très contemporaine. Ce n’est certainement pas le fruit du hasard si « For John » ouvre ce sampler… Onirisme, mystère, le but est de rendre le spectateur, pardon, l’auditeur captif, d’éveiller son intérêt et de jouer sur ses émotions, avec ce clavier et ces arrangements lancinants mais ô combien efficaces.

C’est le seul extrait du premier album qui a été choisi, comme une introduction à l’évolution d’Elvin Road. Pour éviter de spoiler l’interview, je vous laisse découvrir par vous-mêmes ce qu’Antoine a à dire sur cet unique rescapé.

« For John » fait place à « Glances crossed », qui sera présent sur le 3ème opus. La transition se fait très naturellement même si, à mon sens, on passe plus à quelque chose qui pourrait clore un film ou un épisode plutôt que d’accompagner ses premières scènes. Ce n’est de toute manière qu’une question de ressenti et c’est loin d’être le point le plus important, la musique se suffisant à elle-même pour vous emmener là où vous voulez aller, avec ou sans image(s). La rythmique n’est au départ pas beaucoup plus soutenue que pour « For John », on est toujours au beau milieu d’un rêve, et la mélodie vous prend par la main pour vous emmener poursuivre vos pérégrinations. Après trois minutes, une guitare plombée rejoint l’équipée et nous rappelle pour l’occasion l’idée de conclusion cinématographique qui pourrait coller à « Glances Crossed » : après avoir accompagné et agrémenté le dénouement pendant ces 180 premières secondes, le morceau, désormais nanti de tous ses instruments, pourrait ainsi étoffer le défilé des credits, avec les envolées lyriques de la six-cordes qui finissent de donner une sensation d’achèvement…

« White Plague », également futur ressortissant du nouvel album, se compose d’une longue plage éthérée qui donne l’impression de soulever des interrogations, de placer l’auditeur en situation d’attente, d’une nouvelle phase, de nouvelles sensations. Parfaite piste de transition, l’onirisme fait toujours partie du tableau, et sans parler réellement de cauchemar, les rêves évoqués précédemment sont ici plus troublés, le côté mystérieux étant lui toujours aussi prégnant. Trois minutes de bande-son qui pourraient admirablement illustrer une scène apocalyptique (ou pas) d’un film futuriste à la Strange Days (oui, l’étrangeté est apparemment un élément prépondérant de l’univers d’Elvin Road, ou tout simplement… Du mien !), Le 5ème Élément ou, peut-être (je ne l’ai pas vu, mais je ne doute pas du bien-fondé de ma suggestion, John Carpenter oblige) Los Angeles 2013… Un moment d’accalmie un tantinet anxiogène en attendant un déferlement de violence ou en tous cas un passage à l’action soudain et sans équivoque…

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C’est un véritable cyber-compte à rebours qui nous est ensuite proposé avec « Riptide », dans les premières secondes au moins, la suite évoquant plus un enchaînement d’événements, une cavalcade, un conflit explosant au grand jour, le climax, l’apogée sonore survenant pour ponctuer une paisible interlude (comme « White Plague » par exemple). L’intro de « Riptide » s’avère à la fois réjouissante, excitante et inquiétante, comme si l’on pouvait écouter les battements du cœur du héros blessé repartir de plus belle, en cadence, mais sans savoir s’il est définitivement sorti d’affaire ou du moins si la suite de l’histoire va jouer en sa faveur. La suite (un déchaînement de riffs) ne laisse alors planer aucun doute quant à sa santé mais pas quant à l’issue de son prochain combat, au vu du tourbillon dans lequel il (et surtout nous) est (sommes) pris… Heureusement, une dernière ligne de gratte majestueuse arrive à point nommé pour faire culminer la fibre héroïque et laisser transparaître un sentiment global de victoire, à travers une rythmique entraînante et rehaussée par le clavier et la batterie, ainsi que, dans les ultimes instants, par les « battements de cœur » inauguraux.

« Riptide » ou quand de la musique de film plutôt typée électro copule joyeusement avec le métal nineties de Prong et consorts !

Nous enchaînons alors avec deux extraits de Monsters, la 2ème production d’Elvin Road sortie en 2011, et d’abord par « Recif », qui nous transporte dans un univers beaucoup plus apaisé et contemplatif, qui, s’il tranche manifestement avec « Riptide », lui succède avec bonheur tant les atmosphères décrites juste au-dessus trouvent leur écho ici, leur suite logique. Rappelons quand même qu’il s’agit ici d’un sampler présentant à la fois des anciennes pistes et des morceaux flambant neufs, la cohérence entre eux n’est donc certainement pas le but ultime de la démarche. Malgré tout, il doit exister un « esprit Elvin Road » et une ligne directrice forte et marquée qui rassemble toutes les compositions du groupe (et en particulier d’Antoine Saison, le maître à penser) sous la même bannière, aussi différentes puissent-elles paraître sur le papier. « Recif » s’apparente ainsi à un épilogue (éventuellement ponctuel) heureux et respirant la plénitude, qui représenterait le point d’orgue parfait pour l’issue d’un affrontement, l’accueil d’une magnifique nouvelle ou la fin d’éprouvantes aventures. Le chant masculin complète cette béatitude et confirme qu’effectivement, pour l’instant en tous cas, tout va bien ! Vous l’aurez compris, les mots-clés ici sont une nouvelle fois « lancinant », « onirisme » et … « réussite » !

« Marauder », réactualisée cinq ans après sa naissance, personnifie le nouveau départ, le passage d’un point à un autre, avec d’abord une longue intro de batterie très mid-tempo et une légère nappe de clavier, puis ce dernier qui prend les rênes pour indiquer la direction du morceau, en l’occurrence un thème très aéré sur lequel on imagine parfaitement des paysages se succéder et un personnage les contempler, méditatif, pourquoi pas à bord d’un train par exemple. Les machines ont donc lancé ce thème mais ce sont des nappes de guitare qui viennent le ponctuer, faisant monter la sauce, c’est-à-dire l’intensité de ce pénultième extrait.

Nous sommes alors prêts à accueillir « Black Lotus » comme il se doit, et avons la surprise de partir loin de nos bases pour atterrir sur des sonorités remémorant l’Asie (ah bah oui, « Black Lotus ») à coups de machines et de percussions. La mélodie originelle est ainsi déclinée « tranquillement » sur ces deux dernières minutes et a le mérite d’apporter une note d’exotisme à un ensemble qui brillait plutôt jusque-là par ces aspects oniriques et futuristes. Non pas que le rêve ait disparu de la carte, remarquez, la touche orientale étant une plus-value, une cerise sur le space cake (retenez plus la référence à l’espace qu’à la thématique de la drogue, même si justement il pourrait être ici question d’opium …?) plutôt qu’un réel virage à 90°.

« Black Lotus » permettra quoi qu’il en soit à l’auditeur d’obtenir une ouverture supplémentaire en matière de sonorités et par voie de conséquence de voir sa curiosité encore plus aiguisée quant à la diversité de ce que pourra offrir le 3ème effort.

De manière globale, c’est ce que l’on pourra également retenir : tous ces extraits nous ont indubitablement mis l’eau à la bouche en sachant que seuls quatre d’entre eux figureront sur la prochaine sortie… Ce qui laisse une marge considérable pour être encore plus surpris, à la fois par la maîtrise, les innovations et la cohérence démontrées par Elvin Road. Et s’il fallait résumer ce que nous avons eu l’opportunité d’entendre et d’écouter religieusement en un seul mot, je pense que l’essence de ce qui fait la force et l’intérêt de ce passionnant projet tient en un mot, en un qualificatif : raffiné.

Jayce Ikea

Voici les liens vers le site d’Elvin Road et vers les autres parties du dossier E.R. :

L’univers d’Elvin Road 

L’interview d’Antoine au sujet du sampler et du nouvel album 

Les Tops Teignes 11 et 12 spécial B.O., concoctées par ses soins

Les chroniques de l’époque pour le 1er album et pour le second 

Les interviews de l’époque pour le 1er album et pour le second

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