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Général Tom Pouce – The Barnum Show (2014)

 

2014/Autoproduction

Si on cherche un tant soit peu à définir la musique de Général Tom Pouce, on serait bien mal inspiré de l’enfermer dans un quelconque carcan ou de la limiter à une catégorie, même une sous-catégorie comme « musique de cirque ». De l’inspiration, les membres de ce groupe plus que singulier n’en manquent pas, et ce qu’ils proposent à l’auditeur (et au spectateur) ébahi ne peut décemment être résumé en quelques (vains) mots. Je vous entends déjà au loin : « Tu vas pas nous refaire le coup de la chronique de cinq pages ?!? Y’en a qui bossent demain ! » Heureusement, ces saltimbanques de l’impossible ont accepté de nous faciliter la vie un chouïa en proposant leur propre accroche : « Freaks music – Laboratoire musical ». Aah, voilà qui est mieux.

Non ? Bon. On va devoir aller au charbon alors (en pleines vacances, si c’est pas malheureux). Il existe toujours une solution, non pas de facilité, mais de simple sagesse (?) : se refuser à égrener les genres musicaux concernés un par un en privilégiant le point de vue d’ensemble. Les amateurs de musique et de chroniques réclament souvent des chapelets de qualificatifs divers, concernant les styles empruntés, les références, les influences, mais d’autres personnes réfutent parfois ces nombreux détails en les balayant d’un revers de la main : les artistes eux-mêmes. Régulièrement, ils préfèrent arguer en faveur de motivations plus spirituelles, ou plus globales en tous cas, et évoquer leur objectif dans son ensemble. Quoi de mieux en effet que de se réunir entre zikos (et amis éventuellement) et tenter de créer quelque chose d’unique, d’avancer sur des contrées inexploitées ? Qui veut absolument entendre de la part de commentateurs divers : « Vous avez réussi à reproduire le 3ème album de Plastic Church Massacror à la perfection !» ou « On jurerait écouter le nouveau The Whatevers !» Même si ces avis partent d’un bon sentiment et expriment des opinions enchantées, on a le droit de prétendre à autre chose. D’un autre côté, lorsque l’on émet l’hypothèse que vous évoquez l’esprit de mythiques défricheurs ou d’entités ultra-personnelles et tout simplement inimitables (Pink Floyd par exemple), vous pouvez peut-être plus aisément être flatté et fier de votre travail et de vos créations. Pour ma part, j’ai véritablement découvert Général Tom Pouce en concert, et je ne me rappelle pas m’être dit que ça sonnait comme tel ou tel autre artiste. Par contre, je me souviens clairement avoir senti un esprit similaire à celui de System Of A Down, pas tant dans les genres mélangés mais dans les velléités de mélanges de genres. Ceci dit, si vous souhaitez disposer d’un premier repère pour mieux situer ce brave petit (1,02m) GTP, à part l’appellation globale « musique de cirque », « Peephole », issu du cultissime premier jet des Américano-Arméniens, peut s’avérer un point de départ judicieux pour les passages polka et l’ancrage dans la musique slave. De même, l’utilisation d’une myriade de notes pour les nombreux passages mélodiques (qui sont une autre des marques de fabrique de nos Boulonnais) rappelle l’un des points forts de la bande de Los Angeles et de leur guitariste Daron Malakian.

La comparaison s’arrête cependant là. Amalgame d’une multitude de genres, ambiances slaves (et orientales), orgie de riffs aussi mélodiques que judicieux, cela nous fait déjà une bonne base. Julien Gribeauval, guitariste de son état, beaucoup plus marqué par Jimi Hendrix que par Daron Malakian, et Sarah Barisèle (Salut collègue !) (« Encore ?!? »*), munie de son violon, nous transportent littéralement dans beaucoup d’autres univers à travers leurs interventions, tandis que Gianni Leone, armé de sa basse et de sa contrebasse, et Yann Monchaux, tour à tour caressant ou martelant ses fûts, apportent une extraordinaire dynamique à l’ensemble, riche en changements de structure et en cassures de rythme. Le thème principal du groupe (les monstres) est aussi bien mis en exergue sur ses visuels (pochettes, site, concerts, au cours desquels le public bénéficie de projections de films) qu’au sein de sa musique, les variations d’ambiance contribuant à l’établissement d’une véritable roulette russe émotionnelle, surprenant, berçant, rassurant ou inquiétant les voyageurs que nous sommes devenus à chaque virage.

Le Barnum Show se compose de deux cds, réalisés à trois mois d’intervalle mais disponibles dans un même coffret, chacun en format single (très bel objet, les collectionneurs apprécieront). La première piste du CD1, éponyme, introduit parfaitement le monde de Général Tom Pouce, un monde aux atmosphères entraînantes, entêtantes, enjouées, faites de joutes virtuoses entre la guitare et le violon, de rythmiques sautillantes, de sons étranges, d’harmoniques et, plus tard sur le cd, de wah-wah (à ce sujet, ma fille ne cesse de me réclamer « les musiques de Scoubidou » ; outre le jeu de mots fumeux, ça peut vous aider à imaginer, à vous représenter poursuivi par des fantômes ou à la recherche de créatures étranges, ça correspond bien à ce que dépeint le Général). L’imagerie du groupe est parfaitement personnifiée par ces musiciens taquins, groovy, pleins de feeling, dont l’un (Gianni ?) vous invite durant ce premier morceau à profiter du spectacle, aidé d’un mégaphone pour vous faire parvenir ses propos déclamés sur une voix hallucinée. « The Elephant Man », résolument rock (rythmiques imparables, guitare solo partant en bee swarm -essaim d’abeilles- à la Radiohead sur OK Computer, conclusion mélancolique qui n’aurait pas non plus dépareillé sur le légendaire album des Britanniques), « Gwynplaine » qui reprend le flambeau niveau mélancolie avec le chant possédé et versatile de Gianni, et « La Danse des Siamoises » qui nous envoûte de bout en bout en nous baladant d’une six-cordes espiègle à un violon hypnotique en passant par une contrebasse empruntée à la Famille Addams et un final en apothéose, ces trois pistes étoilées (sur le Guide ? Qui s’appellerait M. Loyal, alors) poursuivent l’œuvre de « The Barnum Show » et « Circus », avant que « Nosferatu » n’enfonce le clou avec ses cavalcades, ses instruments à cordes de haute volée (voltige ?), sa gratte encore volée à la Famille Addams (après tout, en matière de monstres, ils se posent là), ses cris de loup sur fond d’arpèges (tout un programme, on dirait le menu d’un restaurant gastronomique –étoilé ?– même si « asperges » conviendrait peut-être mieux qu’ « arpèges ») et un rideau qui se baisse avec la bande-son appropriée.

On ressort tout secoué de ce premier épisode, les yeux grands ouverts, le cerveau tout embrumé, mais également l’excitation à son paroxysme et l’envie de danser en soulevant sa robe (Quoi ? Qu’est-ce que vous avez contre le French cancan ? Après tout, c’est le nom d’un album de Carnival in Coal, je suis raccord avec la folie ambiante) toujours pressante. Alors quand on nous dit qu’une deuxième rondelle nous tend les bras, on n’hésite pas une seconde à nous replonger dedans, à en reprendre à s’en faire péter… La panse (Bah oui… A quoi pansiez, pardon, pensiez-vous ?).

Sur ce CD2, ce sont une nouvelle fois six chansons ou morceaux qui nous attendent de pied ferme, accompagné(e)s de deux plages plus courtes (« Ouverture » et la transition « Greensleeves », nous offrant quelques dizaines de secondes de boîte à musique). Après l’Ouverture, donc, c’est Julien, si je ne m’abuse, qui nous accueille vocalement, sans lâcher sa guitare bien entendu. Pas de chant autre que ce petit discours pour le 2ème pot d’accueil, on repart tranquillement en mode instru pour de nouvelles aventures. Y découvre-t-on des différences majeures avec le premier « scud », comme dit souvent mon Général Tom Pouce à moi (mon mi-Syl) ? Sur le principe, pas foncièrement, même s’il faut bien rappeler que chaque morceau de GTP regorge forcément de surprises et d’accroches inattendues, et vous fera ressentir un panel d’émotions insoupçonnées. Nous sommes donc face à ce que l’on pourrait appeler « de la continuité dans l’inédit ». Néanmoins, ce deuxième disque se démarque quand même de son prédécesseur sur plusieurs points. Il propose plus de chansons à proprement parler, dans le sens où le format des pistes est (un peu) plus classique, et le chant (ou plutôt les chants, qui eux n’ont rien de classiques, à part si vous travaillez en hôpital psychiatrique) est plus régulier, sans être (du tout) omniprésent. La forêt luxuriante de riffs du CD1 n’est pas aussi touffue ici, mais n’attendez rien de minimaliste ni même épuré : vous prenez juste 167 plans différents dans la face au lieu des 363 initiaux, c’est tout (Pardon ? Non, je n’ai pas compté).

Toujours est-il que la qualité s’avère toujours au rendez-vous et que l’on reste aussi estomaqué qu’en inaugurant le coffret. A la fin de cette expérience, sans savoir vraiment ce qui vient de nous arriver, on sait au moins une chose : on vient de découvrir une troupe unique (quoiqu’ils ne sont pas si nombreux que ça, au final, mais ils ont des idées et font du bruit pour vingt ! Aah, les ravages de la schizophrénie…) que l’on a hâte d’entendre à nouveau, notamment sur scène. A cet égard, je me suis interrompu au milieu de cette chronique pour aller prendre ma place, le groupe étant en résidence à quelques rues de chez moi et se produisant… Dans deux jours. Timing parfait pour cette review, vous me direz. Le hasard fait effectivement bien les choses, en sachant que le CD1 de The Barnum Show vient de fêter ses quatre ans (« Et le CD2 ? » « Bah tu relis l’article et tu comptes ! »). Cette chronique vient en fait s’inscrire dans un dossier « Zik et images », en compagnie de celles consacrées à Elvin Road et Ondéelune. Quant au sésame, je dirais même plus : timing plus-que-parfait ! Il restait 14 places après moi, hummm… J’ai eu chaud aux fesses car les prestations du Général sont exceptionnelles dans tous les sens du terme. Si vous avez développé l’envie d’en savoir plus, guettez l’actualité d’Albacore, une interview devrait venir compléter les infos forcément lacunaires données ici. Et si vous êtes sages, vous pourrez peut-être même vous délecter d’un top concocté par un membre du groupe. Afin de préserver un peu le suspense, je ne vous en dévoilerai pas la thématique (Comment ? Oui, c’est aussi parce que je ne la connais pas à ce jour, vous avez raison). En attendant, les surprises, c’est pour jeudi. En espérant avoir celle de découvrir du nouveau matériel… C’est que mon ternomètre commence à monter, ces derniers temps, et qu’un nouveau Général Tom Pouce arriverait à point pour briser la monotonie !

Syl Alba

*Voir épisode 2231, « La chronique d’Ondéelune »

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