News Albacore
Accueil » Dossiers Trempés » Nasty Samy – Continental Divide

Nasty Samy – Continental Divide

nasty continental book

(Cette chronique fait partie du Dossier Trempé sur Nasty Samy)

Ce formidable livre nous nar…gue (bah oui, six mois aux States, quand même) et nous narre, en fil rouge principal, le road trip de M. et Mme Nasty à travers les Etats-Unis, récit où se mêlent évocation des paysages et description des lieux parcourus, des étapes, des gens croisés (caricaturaux ou complètement atypiques et surprenants). Le ressenti des événements côtoie le compte-rendu des temps morts, de la routine, des anecdotes croustillantes ou… Anecdotiques (tiens, ce n’est pas un pléonasme, au final).

Le second fil rouge, c’est le rite (ré)initiatique consistant à écumer les disquaires de tout poil, à l’affût de skeuds jadis possédés mais disparus dans un incendie (Nasty Samy y a perdu la grande majorité de ses cds), des « blockbusters » dont il veut retrouver l’effet frissonnant de ses vertes années, mais également de découvertes, d’albums cultes, d’œuvres de l’ombre sur lesquelles il veut se faire un avis… Tout cela à prix dérisoire de préférence, bien sûr ! Que celui qui n’a pas connu la jouissance d’un album sur-ultime acquis au tarif d’un malabar bi-goût me jette son best-of de Testament acheté à 160F au Club Dial à la face (true story, of course)… Rien que d’y penser, je tressaillis encore à l’idée de mon Houston Swing Engine récemment dégoté pour deux boules (contraire de cette expression : « Ca m’a coûté une burne ! ») au Leclerc du coin. En parallèle de cette fantastique, mythique, mystique chasse aux trésors musicaux mélodiques ou brutaux, modernes ou vintage (sur lesquels nous nous apesantirons dans un très prochain Top Teignes), la quête du Graal se poursuit en matière de dvds et de lecture, entre autres réjouissances (re-jouissances ?).
Ces
main stories cohabitent avec le récit des rencontres avec un cortège de super-héros aussi underground qu’importants aux yeux de l’auteur (des activistes souvent multi-fonctions, multi-facettes, originaux, marginaux, passionnés évidemment, éminents anonymes aux yeux du grand public, ce qui n’enlèvent rien à leur talent et à la valeur de ce qu’ils ont accompli (au contraire, en fait), zikos, tatoueurs, fanzineux, présentés et cuisinés à travers de copieuses interviews. Pour paraphraser les Tontons, on comprend vite que Continental Divide n’est pas le livre de tout le monde et qu’il faut un minimum de bagage(s) pour entreprendre le voyage, tout comme ses protagonistes (« Plus le voyage est long, plus le bagage est petit »). Non pas qu’il faille absolument être un initié, un érudit frappé par la grâce et par l’omniscience dans les domaines abordés (rock/pop/metal underground, culture bis, gore, scènes locales, incontournables bas-fonds), mais être muni d’une curiosité et d’une ouverture d’esprit en béton armé s’avère une condition sine (ciné ?) qua non pour survivre dans la luxuriance de cette forêt d’infos et de références obscures. Quand bien même vous n’en seriez pas pourvu (du moins en quantité suffisante), l’esprit, la sincérité, la passion (un mot récurrent dans ce dossier), l’âme de la narration se suffisent à eux-mêmes pour vous emporter dans l’aventure, vous faire avaler les mois qui passent plus rapidement qu’un jet et vous les faire digérer avec plus de facilité qu’un Get 27.

Une autre finalité présente en filigrane est l’enregistrement d’un album aux States (qui a le même titre que le livre et était vendu avec) (Oui, « était », vous pouvez toujours vous le procurer mais seul, le livre est sold-out !), avec des intervenants divers triés sur le volet car bénéficiant tous, comme les « héros » précédemment cités, de la plus haute estime de Nasty Samy. Cet énième épisode donne lui aussi lieu à des compte-rendus de scènes rocambolesques, sur fond de colocations de fortune (« Mon royaume pour un canapé ! » (ou pour un matelas sur le sol !) et de rencontres pittoresques. Le duo en profitera même pour immortaliser des morceaux acosutiques (la Teenage Mixtape évoquée un peu plus haut dans la discographie « Samienne »).

D’état en état (31 au total !), de ville en ville, de disquaire en disquaire (parfois directement des labels cultes qui continuent d’avoir pignon sur rue, difficilement ou pas, de vendre leurs productions et des cds/vinyles/dvds divers, neufs ou d’occaz), les achats s’accumulent dans une ambiance quasi-religieuse (très souvent, plusieurs heures sont passées pour trier ce qui mérite vraiment d’être raflé dans la petite échoppe proposant des perles aussi jubilatoires qu’inattendues ou dans l’hypermarché musical noyant le couple Nasty sous d’excitantes rondelles, parmi lesquelles il faudra pourtant effectuer un tri ravageur, budget oblige). Le fruit de ces emplettes se matérialise ensuite, quand il passe la sélection, en chroniques fouillées venant se greffer au récit principal du trip.

Outre tous ces appétissants aspects, Continental Divide revêt au final une dimension psychologique que le lecteur considèrera facilement comme la cerise sur le gâteau. Cette demi-année passée aux Etats-Unis relève bien entendu du rêve éveillé mais il s’agit quand même d’un séjour de six mois à l’étranger, dans des milieux très divers, sans repères (hormis ceux donnés par la belle-famille de Samy, au sein de laquelle le couple retourne régulièrement séjourner), sur un rythme irrégulier, effréné ou monotone, qui en laisserait plus d’un sur le carreau à peine la quinzaine dépassée. En cela, les habitudes, les préceptes, les crédos de Nasty Samy et d’Erin représentent une composante essentielle de la réussite de leur entreprise ; le lecteur s’imprègne progressivement de ces notions, libre à lui de s’en inspirer ensuite mais force est de reconnaître que ces principes de vie sont très convaincants, entre l’hygiène de vie (pas d’alcool, beaucoup de sport, marche et entretien physique, les salles de gym des endroits visités sont régulièrement sollicitées), le teen spirit, la dedication à la cause (la musique, le ciné), l’organisation pour gérer les activités (la nuit, en gros, avec le pc portable, lecture d’articles sur le net, écoute des cds achetés, de morceaux en ligne ou de podcasts, visionnage de dvds, entretien des différents sites du bougre, rédaction d’articles divers, du livre bien sûr, réponses aux mails, bouquinage, etc (!), le Sleep late, wake up early qui en découle, le Talk less Action equals Zero que nous avons déjà évoqué, l’intérêt pour les paysages, le recul et le ressenti sur la société américaine, l’introspection sur son couple bien sûr, autre point d’orgue du road trip… En bref, un véritable livre dans le livre, une facette sociétale on ne peut plus édifiante, et un récit étayé de doctrines motivées et de véritables choix de vie. Le sieur Nasty sera très prochainement invité à s’épancher sur ces aspects dans nos colonnes, ainsi que sur un tas d’autres thèmes liés au livre, ou pas d’ailleurs. En attendant, vous aussi pouvez vous lancer dans votre propre chasse au trésor, et tenter de dénicher ce livre, non pas à la vente, les espoirs sont infinitésimaux, mais chez un pote, un(e) ex, une connaissance d’ami du frère de votre belle-soeur, votre assureur, ancien chanteur de rockabilly dans Gilbert d’Asnières et ses Graisseux (Gilbert Gress, anyone ?), enfin quiconque pourrait avoir une chance de posséder ce Graal. Good luck !

La caverne d’Ali Baba de Nasty Samy (Peut-être une réédition à venir ?)

A lire aussi

Dossier Trempé Elvin Road

Nous allons vous présenter dans ces quelques lignes un « objet » intermédiaire concernant l’univers d’Elvin Road, ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *