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Ondéelune – Bruises, Drops And Lights Reloaded (2016)

2016/Popping Old Records

Ondéelune est un ambitieux projet né il y a environ dix ans dans le Pas-de-Calais, du bouillonnant cerveau de Guillaume Dallery (Black Dust, Shagma, Belenos, Letters Written On Dead Leaves, dont le premier album sort également en ce moment, d’ailleurs… Nous en reparlerons très vite !). Ici, « ambitieux » désigne le résultat plus que les intentions de départ (dont Guillaume pourra nous parler très prochainement) : n’ayant malheureusement croisé le stakhanoviste bainghenois (c.a.d. de Bainghen, petite commune calée entre Boulogne et Saint-Omer) que très ponctuellement pendant cette dernière décennie (souvent dans des atmosphères hautes en décibels et en houblon), je n’ai pas forcément une connaissance profonde de la genèse et des objectifs de l’aventure Ondéelune, mais à l’écoute de Bruises, Drops and Lights Reloaded, on ne peut que reconnaître la réussite de cet amalgame d’influences, de genres et d’ingrédients (les instruments, notamment). Pour ce qui est des plans et des espoirs nourris lors de la fondation du projet, je laisserai au maître d’œuvre le soin de nous exposer tout cela.

Cet album tire lui-même sa source des deux premiers de Guillaume (Counting Drops and Bruises (2008) et Till the Lights Disappear…(2013) et propose une tracklist faite de morceaux retravaillés de ses deux prédecesseurs (la discographie se complétant avec D​:​/ Drive Destructured comprenant 5 remixes de chansons issues du Dynamite Drug Diamond des excellents Tang). Seul le titre d’ouverture, « Reversed Emotion », a été spécialement composé pour introduire le disque, estampillé « electro trip-hop » .

Alors, qu’avons-nous, justement, en guise d’ouverture ? Eh bien, rapidement, déjà, on sent que l’on va pouvoir ressortir l’adjectif « majestueux » du gros livre écrit petit. Nous sommes élégamment accueillis par le clavier, une boucle électro se joint à nous pour prendre notre veste, une berceuse du futur nous montre le chemin, et comme cela peut arriver quand on est par exemple invité pour une soirée dans laquelle on connaît peu de monde, on découvre d’abord le violoncelle, le violon puis le saxo, et il est alors possible qu’on se dise qu’on a beaucoup entendu parler de ces connaissances communes, que leur réputation les précède mais qu’on va les fréquenter pour la première fois. En effet, on peut définir trois catégories de personne qui peuvent découvrir Ondéelune : le groupe des métalleux sanguinolents, nombreux dans l’entourage du chef d’orchestre (voir son parcours), les mélomanes ou simples curieux traditionnellement éloignés des sonorités agressives et extrêmes, et la troisième caste qui réunit les nombreux fans d’éclectisme et de mélange de genres, même les plus improbables. Me reconnaissant à la fois dans la première et la troisième catégorie, je peux à la fois comprendre les difficultés qu’auront certains ours des cavernes à apprécier la diversité des sonorités et la multiplicité des instruments, dont certain(e)s sont très peu courant(e)s dans la sphère (hard) rock, mais je ne peux bien sûr qu’applaudir des deux mains (d’une c’est pas facile, de toute façon, ou alors on invente le air clapping, on le brevette et on devient richissime) (attendez-moi deux secondes, j’ai un truc à faire) l’entreprise d’associer tous ces paramètres au nom de la déesse Création, et de le faire si bien (désolé pour le suspense !). Dans « Reversed Emotion », le maître de cérémonie (et de la salle des machines, en compagnie de son compère Clément (Neutre), crédité à la batterie électronique ainsi qu’acoustique), premier à nous avoir ouvert la porte, est également le dernier protagoniste à intervenir ; c’est l’occasion pour l’auditeur de découvrir la voix qui va le guider pendant cette traversée onirique et, dans l’immédiat, l’inviter à s’engouffrer avec impatience dans la piste suivante.

La diversité, évoquée au-dessus à propos de la structure et de la sonorité d’un même morceau, est également de mise lorsque l’on regarde l’ensemble des pistes. Sans parler des lyrics, au sujet desquels Guillaume nous en dira peut-être un peu plus, là encore, les différents récits revêtent tous une touche très personnelle ; l’amateur de variations et de surprises musicales ne pourra ainsi qu’être comblé. Malheureusement pour ceux qui préfèrent cheminer en terrain balisé et savoir d’avance à quelle sauce ils vont être mangés : quand on connaît ne serait-ce qu’un peu le géniteur du projet, un touche-à-tout érudit musicalement et qui n’aime pas trop les barrières, on ne pouvait espérer un bloc conformiste et suivant les codes d’un genre à la lettre. Je crois bien que même s’il le souhaitait, il en serait incapable, trop passionné qu’il est par le défrichage auditif. Nous pouvons cependant consentir à vous donner quelques billes (très subjectives, attention) au niveau des références : on peut percevoir l’ombre de The Gathering quand on entame Bruises (période expérimentale, sur le génial Souvenirs par exemple), puis reconnaître le goût pour les orchestrations et l’inventivité d’un Ulver (après leur période black/folk initiale), la folie d’un Arcturus ou, pour ce qui concerne le chant, l’émotion d’un Danny Cavanagh (Anathema). Bref, des groupes réputés pour leur ouverture d’esprit et leur capacité d’évolution.
Encore une fois : tout ceci est très subjectif ; tous les groupes un tant soit peu novateurs que le sieur Dallery a pu écouter (je ne veux même pas savoir combien il peut y en avoir, même à 250 près) ont pu l’inspirer d’une façon ou d’une autre, ainsi que, bien sûr, toutes les autres formations proposant des compositions plus classiques et uniformes. A ce titre, je me réjouis d’avance à l’idée de lui proposer l’établissement d’un ou deux Top(s) Teignes (« Top Ten » en franç… euh, pour les non albacoriens, qui n’ont pas l’appli TradJeuxDeMotsMétalliques directement pré-installée dans leur hippopotamanus) et de découvrir/vous faire découvrir une flopée d’artistes éventuellement cinglés mais assurément brillants et novateurs.

Nous continuons à avancer à pas feutrés dans ce dédale présumé, certes mystérieux mais pas si labyrinthique au final, inédit mais confortable, destiné à nous secouer mais pas à nous perdre. Les titres s’égrènent au gré de cette association entre le traditionnel et la modernité, et la seule chose que l’on a besoin de faire, c’est de se laisser porter. Le violon de Camille (Dupont) , le violoncelle de Caroline (Massenot) et le saxo de Sélène (Marie, avec qui j’ai la chance de travailler) élèvent l’esprit, laissant l’onirisme envahir la pièce, tandis que les parties électroniques désarçonnent et donnent une irrésistible envie de bouger (« Back To The Way », « Bloodstained Bicycle »). La voix enchanteresse de Julie (Caron) irradie « Reading The Wind » et, au final, ne nous laisse pas indemne (« Stunning Solitude », pour un duo avec Guillaume qui prend aux tripes). Malgré la décision de se passer de guitares distordues et la quasi-absence de cris, grognements et autres hurlements primaires, la musique d’Ondéelune s’avère aussi métallique et puissante que celle d’autres armadas usant et abusant de munitions beaucoup plus dissuasives au premier abord. Seulement, elle a d’autres visées et transmet un panel d’émotions autrement plus large. L’étonnement en fait allègrement partie, par exemple : l’auditeur est régulièrement pris à contre-pied et découvrent même parfois que certains morceaux ont plusieurs vies, à l’instar de « Plague In Our Mouths ». On reste loin des revirements supersoniques d’un The Dillinger Escape Plan mais une chose est sûre, on ne peut pas basculer dans le fond de son fauteuil et considérer une chanson comme « acquise » au bout de quelques secondes… Ce serait bien dommage et on serait tout simplement dans l’erreur… Caractérisée. Que dis-je… La faute professionnelle (d’auditeur amateur).

Toujours est-il que l’on se prend sacrément au jeu, et que lorsque retentissent les seules notes de six-cordes du disque (une guitare tenue par Nicolas Malfoi) sur « Just A Dead Light », suaves à souhait (Comment ça je fais le suave ?!? Je fais le suave, moi ?!?), on commence à sentir une pointe de nostalgie nous envahir en nous disant qu’on est plus proche de la fin que du début. C’est que l’on s’était un peu enhardi et qu’on avait commencé à laisser nos peurs initiales au vestiaire, pour ne plus garder que cette crainte que cela se termine prématurément. Tant d’efforts ont été placés dans Ondéelune, tant de temps y a été investi que ce Bruises, Drops And Lights Reloaded fourmille littéralement de détails, d’idées, d’interventions, toutes plus judicieuses les unes que les autres. On retrouve vraiment la capacité d’innovation des grands noms cités plus haut et d’une multitude d’autres entités réputées pour leur force de création, pour leur inventivité et ce qu’elles apportent à la sphère musicale. Ici, on sent instantanément que rien n’a été laissé au hasard quant à l’élaboration des structures, que le moindre bidouillage électronique a été soigneusement choisi et sa place consciencieusement déterminée, que toute la toile a été tissée avec un soin de dentellière ; l’artwork (de Bellis Perennis et Thomas Carpe) est d’ailleurs à l’avenant, aussi travaillé qu’énigmatique, soulevant autant de questions que d’admiration. Tout fonctionne, tout le temps, et par « fonctionner » on entend « transporter », « faire réagir », « émouvoir ». Or on sait qu’au final, c’est tout ce qui compte. A une heure où le nombre de prétendants à une place d’outsider, de valeur montante, de « nouvelle star » est juste ahurissant, Ondéelune se pose en force tranquille, bien à l’écart, sûr de son œuvre (et si ce n’est pas le cas, ça devrait !). Quand « Foliation » s’éteint à petits feux en même temps que l’album, on sent toujours la flamme brûler, plus que jamais. Cette flamme, c’est l’effet qu’ont laissé sur nous ces dix magnifiques titres, œuvre d’un passionné, accompagné de sa brillante escouade ; un passionné pour qui la création apparaît comme primordiale et qui laisse chacun interpréter sa musique comme il l’entend. Il sera intéressant de lui demander son avis sur ce sujet, mais il y a fort à parier qu’à peine son « travail » achevé, il avait déjà remis l’ouvrage sur le métier pour une autre de ses vies parallèles, ou pour la suite des pérégrinations d’Ondéelune. Le Lucky Luke du métal, en somme. Et nous, nous sommes ses poor lonesome cobayes

Syl Alba

Sur Bandcamp, on peut se faire la main (et les oreilles) en attendant d’avoir l’objet, ou pour l’obtenir…

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